Crise humanitaire au Yémen On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas

Le jeudi 14 juin 2018, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunissait d’urgence après le lancement par les forces pro-gouvernementales yéménites (appuyées par l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis) d’une nouvelle offensive sur le port d’Hodeïda. Ce dernier permettant l’acheminement humanitaire de nombreuses marchandises et denrées alimentaires, cette opération fait craindre une aggravation supplémentaire de la crise humanitaire environnante.

yemen-sanaa-destructions_0.jpgImage trouvé sur: https://www.icrc.org/fr/document/crise-au-yemen-laction-humanitaire-internationale-un-tournant

Cela fait maintenant plusieurs années que la population yéménite est plongée dans une crise humanitaire et sanitaire sans précédent, alors même que le pays était déjà considéré comme l’un des plus pauvres au monde avant le début du conflit. Bien que souvent qualifiée comme « la pire crise humanitaire au monde » actuellement, les réactions de la communauté internationales laissent jusqu’ici à désirer.

Lorsque les générations futures nous demanderont comment et pourquoi avons-nous laisser une telle situation s’installer et perdurer, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Parce que nous savons ce qu’il se passe, et ce depuis longtemps.

5.900 civils tués par le conflit, 3 millions d’individus obligés de quitter le territoire, 22,5 millions de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire vitale, 2,5 millions d’enfants déscolarisés… La dégradation continue des conditions de vie a mené à d’importants cas de malnutrition et la ré-émergence importante du choléra, alors même que selon le directeur des opérations internationales de Médecins du Monde, Jean-François Corty, 50% des centres de santé ont été détruits. L’état des lieux de ce conflit meurtrier est donc connu et les chiffres accessibles au grand public. De nombreux acteurs comme Human Rights Watch ont multiplié les signaux d’alarmes. Ces appels au secours sont cependant restés sans réponse. Difficile de croire qu’on ne pouvait rien faire. Inadmissible de faire semblant de ne pas les avoir entendus.

La communauté internationale n’a aucune excuse. Le droit humanitaire internationale a été gravement violé par l’ensemble des parties au conflit. Les campagnes aériennes menées ont été extrêmement meurtrières, constantes et surtout indifférenciées ce qui est complètement contraire au droit de la guerre. L’entrée de l’aide et des travailleurs humanitaires a également été entravée voire complètement bloquée. Selon Amnesty International, l’acheminement des ravitaillements serait retardé par des régimes d’inspection excessifs (malgré le contrôle préalable du Mécanisme de vérification et d’inspection des Nations Unies), des procédures bureaucratiques volontairement très longues et l’exigence de pots-de-vin…Ces retards et blocus ont des conséquences dramatiques dans un environnement où la plupart des éléments essentiels à la survie de la population a déjà été détruite. Rappelons que l’utilisation de la famine comme arme de guerre constitue un crime de guerre. Autrement dit, tout ceux qui ne disent rien ou continuent d’opérer sur place (notamment les pays membres de la coalition) se rendent spectateurs voire complices dans une certaine mesure de ces crimes.

Il convient de souligner que la population yéménite n’est pas la seule à être victime d’exactions… Il y a aussi ceux dont on ne parle pas et dont on préfère nier l’existence : les migrants. Parce que oui, certains préfèrent rejoindre le Yémen malgré la situation de guerre et de crise humanitaire plutôt que de rester en Afrique. Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), 100 000 individus venant principalement d’Érythrée, de Somalie et d’Ethiopie auraient rejoint le Yémen en 2017. Elle précise que ces derniers espéraient tous pouvoir regagner les pays du Golfe avant de se retrouver piégés par le conflit, par les trafiquants où les autorités locales qui commettraient sur eux des viols, des actes de torture et les exécuteraient massivement (selon un rapport de Human Rights Watch en 2018).

Il est tard pour agir mais évidement pas trop tard. Prendre des sanctions ciblées est urgent. Chaque exaction impunie participe à l’affaiblissement du droit international humanitaire, entrave son statut de norme et prépare le terrain pour de futures exactions. La communauté internationale n’aura plus aucune crédibilité dans le futur et plus aucun moyen de pression si elle ne réagit pas autrement que par des déclarations ponctuelles. Lorsqu’elle voudra intervenir et dénoncer un crime de guerre à l’avenir, son attitude passive à l’égard du conflit au Yémen restera en tête de ceux qui commettent où ont intérêt à voir se perpétuer de tels crimes. Comment mettre sous pression des acteurs et faire respecter des règles qui se veulent fondamentales lorsque l’on a montré qu’il existait des régimes d’exception ? Si demain un de mes camarades de classe transgresse les règles et que le professeur ne lui dit rien…pourquoi ne pourrai-je pas faire pareil ? Et si on ose me dire quoique ce soit en reproduisant les mêmes faits, comment pourrai-je être intimidée par celui qui a parfaitement su fermer les yeux auparavant ?

Raisonnement simple, application compliquée.  

Cet article a été écrit par Valentine Blés membre de notre équipe de communications. Valentine termine actuellement un master de relations internationales (avec le Moyen-Orient et la diplomatie pour spécialités) à Sciences Po Paris.

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