Les oubliés et les exclus de la société américaine

“Nous nous sommes battus pendant longtemps pour récupérer nos terres et nous n’avons pas obtenu ce droit par le système judiciaire. […] Ils (les amérindiens) ont perdu quasiment toutes leurs terres dans la Reserve de la Terre des Blancs White Earth Reservation*.”  (Winona LaDuke)

Ces paroles de Winona LaDuke’s nous rappellent que même en 2018, la situation des amérindiens reste fragile aux Etats Unis. Depuis la colonisation, cette minorité a été oubliée et exclue de la société américaine ; un sujet qui est souvent laissé de côté par les citoyens étatsuniens.

Ni les Redskins de Washington, ni Columbus Day ne sont célébrés par la communauté amérindienne. Bien que ces exemples fassent partie intégrante du sentiment nationaliste américain, pour les amérindiens cela leur rappelle les atrocités commises à l’encontre de leur peuple. Pour Jay Bad Heart Bull, lui-même amérindien, “Christophe Colomb a dirigé beaucoup de mouvements dévastateurs à l’encontre des populations indigènes”.

Columbus Day Protest(https://www.theatlantic.com/education/archive/2015/10/columbus-day-school-holiday/409984/)


Un peu d’histoire…
Depuis la colonisation européenne, il y a eu des tentatives pour déloger les tribus autochtones des zones économiquement importantes du pays. La création de réserves indiennes débuta en 1830 par une loi promulguée par le Président Andrew Jackson destinée à réinstaller les clans autochtones du Mississippi vers les Etats du Sud, tels que l’Oklahoma. Parallèlement à cette relocalisation, l’Etat a également essayé d’”américaniser” ces populations en forçant les enfants à s’éduquer dans des écoles américaines installées dans leur réserves. Ils étaient obligés de s’habiller “à l’américaine”, il leur était interdit de parler dans leur langue natale à l’école, et leur éducation prévoyait de les assimiler en oblitérant leur héritage amérindien. Cette loi fut abrogée en 1934. Néanmoins la pauvreté, l’illettrisme, l’alcoolisme et les problèmes de drogue au sein de la population amérindienne étaient plus important que jamais.  

Et maintenant…
Aujourd’hui il y a 326 réserves indiennes aux Etats Unis et 567 tribus reconnues, et 22% de cette population vit dans ces réserves. Les pourcentages alarmants de suicides, d’alcoolisme et de dépendance à la drogue restent la principale problématique irrésolue dans les réserves. A cause de la précarité du système social étasunien, les peuple amérindien souffre particulièrement de maladies liées aux coeur, de diabète et de tuberculose, et n’ont le plus souvent pas accès aux traitements.

Souvent éloignés des zones urbaines, comme du manque d’établissements éducatifs, les amérindiens font alors face à une grande discrimination en n’ayant pas accès au marché de l’emploi ou aux infrastructures médicales de base. La vie dans les réserves est souvent difficile, à tel point que la population vivant dans la réserve de Pine Ridge détient le plus faible taux d’espérance de vie des Etats Unis (66,8 ans, un nombre inférieur à celui du Soudan), un taux de chômage de 80% et 44% de ses habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté étatsunien.

Des statistiques alarmantes…
Le Centre pour les Jeunes Amérindiens (The Center for Native American Youth) est une organisation ayant pour objectif de sensibiliser la population américaine sur  la difficile réalité de la jeunesse amérindienne, et de relever des fonds pour la prévention de ces problèmes. Plusieurs problématiques ont été mises en exergue dans leurs études :  

  • Aujourd’hui 32% des amérindiens de moins de 18 ans vivent dans la pauvreté.
  • Le taux de suicide chez les adolescents amérindiens est 3,5 fois supérieur à la moyenne nationale.
  • Le taux de diabète est 177% supérieur à la moyenne nationale.
  • Les décès liés à l’alcoolisme excèdent de 514% ceux de la population générale.
  • 16% des plus de 12 ans sont dépendants à la drogue, 12,5 % en admettent l’usage illicite.
  • Avec 50% de diplômés du secondaire, les amérindiens ont le plus faible niveau d’éducation des Etats Unis.
  • Le Département de la Justice des Etats Unis établit une activité en bande organisée dans 23% des tribus et le taux de criminalité y est deux fois supérieur au taux national (viols et agressions violentes y sont plus fréquentes)

Ce que beaucoup de personnes oublient c’est que ce n’est qu’en 1924 que les populations amérindiennes eurent la possibilité de se voir accorder la citoyenneté étatsunienne. Aujourd’hui, 94 ans plus tard, leurs privilèges et en particulier le respect de leur culture, ne sont toujours pas garantis. Un récent exemple est celui de l’accès à l’oléoduc du Dakota ; un projet poussé par le gouvernement Trump. Une fois mis en place, ce projet permettra le transport de 570 000 barils de pétrole du Dakota du Nord à l’Illinois en un jour. Non seulement cela renforce la technique controversée de fracturation, mais en plus l’oléoduc construit en dessous du fleuve Missouri pourrait menacer dangereusement la principale source d’eau potable de la population de la réserve de Standing Rock vivant là bas.

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Comme la Convention universelle des droits de l’Homme l’a établi, tout être humain a le droit de vivre sans craindre la ségrégation ou la discrimination. Aujourd’hui, l’américanisation n’a pas seulement exclu, elle a également discriminé la population amérindienne.

Ces populations font partie intégrante de l’Histoire américaine. Ainsi, leur bien-être et leur héritage ont besoin d’être protégés, non oubliés.


*White Earth Nation est une réserve créée dans le nord du Minnesota en 1867 et qui continue de nourrir une forte dévotion à ses traditions ancestrales, notamment en cultivant sa langue maternelle.

Sources:
http://www.pbs.org/wgbh/roadshow/stories/articles/2015/5/25/how-american-indian-reservations-came-be/

https://www.huffingtonpost.com/entry/us-life-expectancy-rankings_us_5911db5be4b050bdca5fa519

https://drive.google.com/file/d/0BzcFyh3l83FhcHhoWjFwajdObzg/preview

http://time.com/4548566/dakota-access-pipeline-standing-rock-sioux/ 

La version originale de cet article a été rédigée par Ines, étudiante en première année en sciences politiques à Sciences Po Nancy, et nouvelle membre de STAND France Communications Task Force. Née et élevée à Vienne, elle profite ainsi pleinement de son expérience d’études à l’étranger.

Cet article a ensuite été traduit en français par Laurine Herivan, traductrice au sein de l’équipe de Communication de STAND France. Après l’obtention d’une maîtrise en droit international à l’Université d’ASSAS, Laurine poursuit actuellement ses études en master de sociologie politique de l’international à l’Université Paris Ouest Nanterre.

 

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