Conflit syrien : rôle et devoir des réseaux sociaux et outils de communication

Pour mobiliser l’attention de la communauté internationale, les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle clé. Cela est particulièrement vrai dans le cadre du conflit syrien. Les images de Palmyre en ruines, les larmes des hommes d’Alep, les orphelins de Raqqa…la liste continue. Grâce à la diffusion et le partage de vidéos, images et témoignages sur Twitter, Youtube et Facebook, les horreurs du conflit n’ont pu passer inaperçues. Créatrices d’empathie, ces images ont incité des milliers d’internautes à changer leur photo de profil pour manifester leur soutien aux victimes des combats.

La possibilité de montrer et de voir la souffrance endurée en Syrie a eu un effet essentiel en terme de documentation et sensibilisation internationale, dans un contexte où l’accès des journalistes est souvent compliqué. Les régulations imposées par le régime de Bachar Al-Assad en plus du niveau de risque sur le terrain ont souvent mené à une couverture du conflit syrien en dehors de Syrie.

Ce rôle essentiel cité précédemment en terme de mobilisation internationale n’a cependant pas été déterminant. Si, selon certains, l’utilisation des réseaux sociaux aurait en grande partie permis l’élection présidentielle de Donald Trump aux Etats-Unis, elle n’a en revanche pas permis d’arrêter les massacres sur le théâtre syrien. Plusieurs thèses ont été élaborées pour l’expliquer, notamment la censure d’Etat, l’illusion disproportionnée d’activisme et d’impact réel ou encore l’impression erronée par les acteurs de la société civile qu’ils sont organisés dans leur démarche activiste du fait de leur activité sur les réseaux (création de pages et d’évènements facebook par exemple).

Le devoir de montrer, sans aucune censure, la réalité des horreurs ne doit pas non plus impacter notre devoir de vigilance. En effet, il est essentiel de garder en tête que beaucoup d’images et de vidéos ont été trafiquées et que la réalité est parfois difficile à distinguer de la propagande. Le rôle des médias sur la perception des conflits a souvent été exploité afin d’influencer le débat international en faveur de tel où tel côté. Voir les atrocités partagées par ceux qui en sont directement victimes, oui. Faire confiance naïvement aux rivières d’informations qui circulent sur le net, non.

Les vidéos et les images n’ont pas seulement un effet mobilisateur : elles constituent aussi des preuves qui permettent et permettront d’affirmer qu’il y a eu crime de guerre et, donc, que justice soit rendue. En effet, lorsque des organisations comme Human Rights Watch ne parviennent plus à accéder à certaines portions de territoires, collecter le contenu diffusé sur les réseaux sociaux devient le seul moyen d’enquête possible. Des dossiers peuvent ainsi être montés, être utilisés puis saisis par des cours internationales à compétence universelle.

Rappelons d’ailleurs que les Nations Unies ont créé le « Mécanisme international, impartial et indépendant » chargé de faciliter les enquêtes sur les violations les plus graves du droit international commises en République arabe syrienne. Ce dernier, en enquêtant sur les crimes de guerre en cours en Syrie ainsi que sur l’ensemble des violations les plus graves du droit international, a pour objectif de préparer les preuves qui permettront à l’avenir de rendre justice aux victimes. Une partie importante de son travail s’appuie sur les contenus partagés par les internautes sur les réseaux sociaux.

Cependant, l’été dernier, un nouveau système d’intelligence artificiel a été mis en place par Youtube et été rapidement suivi par Facebook et d’autres réseaux sociaux. Celui-ci avait pour objectif de distinguer les contenus violents, potentiellement utilisés à des fins de propagande extrémiste. Cette démarche a conduit à la suppression du compte d’un grand nombre d’individus et de groupes, parmi lesquels des acteurs (dont Bellingcat, Airwars…) qui procuraient des informations de terrains essentielles…et donc des preuves. Des centaines et des centaines de preuves disparues avant que quiconque n’ait eu le temps de les archiver. 

Suite au scandale qui a suivi ces suppressions, de nombreuses vidéos qui avaient été supprimées ont à nouveau été mises en ligne. De moins en moins de contenu serait sujet au même sort. Toutefois, selon le média Fast Company,  entre septembre et décembre 2017, 68 chaînes Youtube que l’initiative Syrian Archive suivait, ont été mises hors lignes (soit plus de 400 000 vidéos). Seule une partie aurait été restaurée. Par conséquent, en 2018, beaucoup de contenu aurait également disparu des toiles.

Les réseaux sociaux ne doivent pas supprimer ces preuves. Elles sont essentielles. Que se passera t-il si la justice peine à juger les auteurs des crimes de guerre simplement à cause d’une insuffisance de preuves ? Que dira t-on de ces sites ? Aujourd’hui, l’utilisation de gaz sarin dans les attaques est de plus en plus pointée du doigt. Sans les images d’individus en présentant les symptômes, sera t-on en mesure de mener à bien nos enquêtes et d’établir les faits ?

Il est donc primordial que les différentes compagnies responsables de ces diffusions de contenu soient plus prudents avec ces pratiques avant que trop de preuves n’aient disparu.

Cet article a été écrit par Valentine Bles- membre du pôle Communications de STAND France. Valentine termine actuellement un master de relations internationales (avec le Moyen-Orient et la diplomatie pour spécialités) à Sciences Po Paris.

 

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