Mode d’emploi : En cas de guerre en Syrie et au Yémen: Appuyez une fois sur le bouton pour une seule bombe; deux fois (ou plus) pour des bombardements à double-frappe

« Tout au long de l’Histoire, les humains prenaient la guerre pour acquise, alors que la paix semblait temporaire et précaire. Les relations internationales étaient régies par la loi de la jungle, selon laquelle, même si deux États étaient en paix la guerre restait une option. Chaque fois que des politiciens, des généraux, des hommes d’affaires et des citoyen.e.s ordinaires faisaient des projets, la guerre reprenait sa place. De l’âge de pierre à l’âge de la vapeur; et de l’Arctique au Sahara, tou.te.s les habitant.e.s de la Terre savaient qu’à tout moment, leurs voisins pourraient envahir leur territoire, vaincre leur armée, massacrer leur peuple et prendre leurs terres.

Au cours de la seconde moitié du 20ème siècle, cette loi de la jungle fut renversée. Dans la plupart des régions du globe, la guerre est devenue plus rare que jamais.

Avant le 20ème siècle, la guerre était responsable de 15% des décès, au cours du 20ème siècle d’environ 5%, et désormais, au 21ème siècle, la guerre est la cause de 1% de la mortalité mondiale. La guerre a commencé à être inconcevable. Pour la première fois dans l’histoire, lorsque les gouvernements, les entreprises et les particuliers voient leur avenir, ils ne considèrent pas la guerre comme un événement probable. Les armes nucléaires ont transformé la guerre entre superpuissances en un acte fou de suicide collectif et ont donc forcé les Etats les plus puissants à trouver des moyens plus pacifiques pour résoudre leurs conflits. En conséquence, le mot «paix» a acquis une nouvelle signification : alors que les générations précédentes pensaient que la paix était l’absence temporaire de la guerre, aujourd’hui, nous considérons la paix comme l’invraisemblance de la guerre. Cette paix s’est installée entre la majorité des pays du globe.  » (Youval Noah Harari – Homo Deus)

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(Image trouvé sur http://revcom.us/a/404/mass-murder-of-civilians-in-yemen-made-in-usa-en.html)

La guerre a sans aucun doute radicalement changé au cours des 150 dernières années. Alors que pendant la Seconde Guerre mondiale les superpuissances étaient capables de tester leurs inventions (par exemple les bombes atomiques au Japon), de nos jours, il règne une paix relative presque partout, sauf au Moyen-Orient et dans certaines régions d’Afrique. Cette restriction géographique de la guerre moderne restreint les «mises à l’essai», laissant la Syrie et le Yémen devenir des terrains d’essai sur lesquels les pays riches peuvent tester leurs armes et la gravité de leurs dégâts, sans aucune crainte de poursuites.

Au 21ème siècle, ce sont les drones qui bombardent les cibles. Bien qu’ils soient toujours contrôlés par des humains, ceux-ci sont cependant situés à 1000 km des sites séparant le.la soldat.e du champ de bataille. Bien que les soldat.e.s ne soient plus obligé.e.s d’être sur le terrain, ils.elles ne sont pas pour autant devenu.e.s indifférent.e.s à celles et ceux qu’ils.elles tuent au quotidien, comme en témoigne par exemple leur capacité à être affecté.e.s par le syndrome de stress post-traumatique. Les humains du 21ème siècle n’ont pas encore perdu tout leur sens moral. Pourtant, nos gouvernements nous appellent à perdre ce sens de l’humanité et à repousser nos instincts : les soldat.e.s américain.e.s n’apprennent plus en tirant sur des cibles rondes, mais sur des cibles à forme humaine, puisque, absurdement, on constate que les soldat.e.s au combat ne tirent (et ne tuent) pas assez sur leurs adversaires ou manquent délibérément leurs cibles.

La réalité sur le champ de bataille moderne est loin d’une scène de Game of Thrones avec des chevaliers, des épées et des boucliers. Ce qui reste, ce sont les coquilles vides des villes qui prospéraient jadis, et l’écho des cris des personnes innocentes sous ces destructions massives. Le chef de la Russie reste en Russie, le mollah saoudien dans son riche paradis pétrolier, et quant aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne,  grâce à leurs lucratives transactions d’armes, l’envoi d’une soi-disant «aide» alimente en réalité le conflit.

Les guerres en Syrie et au Yémen ont fait plusieurs fois la une des journaux depuis leur début -respectivement- en 2011 et 2015. On nous montre des images de familles qui pleurent, des maisons détruites par des frappes aériennes et des bébés qui luttent pour survivre dans des incubateurs. Pourtant, on n’entend guère parler des attentats à la bombe: des tactiques militaires employées par la Russie, la Syrie et l’Arabie saoudite dans ces deux guerres civiles. Une bombe-baril est un engin explosif improvisé emballé avec du TNT et d’autres matériaux et lancées directement d’avions et d’hélicoptères. Son imprécision en fait de facto un crime de guerre.

Les attentats à la bombe à double-frappe consiste à lancer une première attaque, puis à re-bombarder la même zone lorsque les équipes de secours arrivent, ou l’hôpital le plus proche une fois que les blessé.e.s ont été transféré.e.s pour être soigné.e.s. Cette tactique militaire scandaleuse et cruelle fait deux fois plus de victimes civiles innocentes. Non seulement ils.elles sont ciblé.e.s injustement une première fois, mais le sont à nouveau lorsqu’ils.elles sont les plus vulnérables.

Vous êtes vous déjà battu avec quelqu’un, et après qu’on vous ait tabassé, juste au moment où vous sentiez pouvoir vous relever, on vous re-frappe en plein dans le ventre, comme une démonstration de force? Non? Alors pourquoi permettons-nous que de telles choses arrivent à nos semblables, vivant sur une planète où la guerre est généralement considérée comme inconcevable? Les Nations Unies ont qualifié cette pratique de «schéma systématique d’attaques entraînant des violations des principes de distinction, de proportionnalité et de précaution, notamment des bombardements ciblés et des attaques à la roquette lancées à l’aveugle, détruisant des maisons, endommageant des hôpitaux et tuant et blessant de nombreux.ses civil.e.s». Cependant, les Nations Unies ne sanctionnent pas ceux qui commettent ces atrocités.

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(Image trouvé sur http://www.newsweek.com/double-tap-strike-hits-msf-backed-hospital-syria-400191)

À la lumière du conflit en Syrie, la guerre féroce qui se déroule au Yémen continue de se développer tranquillement dans l’ombre. Bien que des milliers de yéménites soient devenu.e.s des réfugié.e.s, très peu ont pu atteindre le sol européen pour attirer l’attention des médias ou des politicien.e.s.

Ils n’ont presque aucun espoir de pouvoir y arriver. Pour s’échapper par la terre, les réfugié.e.s devraient traverser des centaines de kilomètres de désert contrôlés par l’Arabie Saoudite, le pays les bombardant. Pour s’échapper par la mer, ils.elles doivent éviter le blocus naval, pour ensuite atteindre la côte hostile érythréenne.

Cela signifie que, bien que leur situation soit aussi désespérée que celle des victimes de la guerre en Syrie, les yéménites sont invisibles aux yeux des européens. Ce n’est pas normal. Une véritable crise se produit au Yémen, et il est temps de se réveiller et de réagir.

La version originale de cet article a été rédigée par Hannah Brandt, co-coordinatrice des campagnes à STAND France. Née en Allemagne et d’origine américaine, elle poursuit actuellement un Bachelor en sciences politiques et en économie à Sciences Po Paris et à l’Université de Lorraine en France.

Cet article a ensuite été traduit en français par Laurine Herivan, traductrice au sein de l’équipe de Communication de STAND France. Après l’obtention d’une maîtrise en droit international à l’Université d’ASSAS, Laurine poursuit actuellement ses études en master de sociologie politique de l’international à l’Université Paris Ouest Nanterre.

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